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Arrière-plan

2 juin 2021 Communautés culturelles et immigration

Parents

Par Rhizlaine Chebani

Agente de liaison

Il y a plus de 25 ans, j’arrivais au pays en tant qu’immigrante avec deux enfants en bas-âge. Depuis, je travaille dans deux écoles secondaires en tant qu’agente de liaison entre les familles immigrantes et l’école.

Grâce à mon travail, j’ai la chance de pouvoir rencontrer des adolescents. J’aime prendre le temps de les écouter parler de leur quotidien. J’aime surtout ce moment où la conversation, sous un faux air de légèreté, nous amène plus loin. Ils me rappellent notre propre adolescence et tous les questionnements qui nous angoissaient. 

« Qui suis-je? Comment me définir? Pour ou contre? Reproduire le modèle ou le fuir à tout prix? »

Tout adolescent se trouve face à ces interrogations et c’est tout à fait normal. Toutefois, pour les jeunes que je rencontre et qui sont issus de l’immigration, elles prennent un sens tout particulier.

La réalité des jeunes issus de l’immigration

Un adolescent, qui grandit dans un pays et une culture qui ne sont pas les siens, se trouve confronté à des choix de vie. Chaque pas vers la culture et les valeurs de la société d’accueil peut être alors source de souffrance pour lui. En d’autres termes, c’est dans le cocon familial que se construisent les bases de sa personnalité.


La famille est le milieu dans lequel l’enfant se construit avec des repères culturels qui l’aide à savoir quelle est sa place au sein de son groupe et de sa collectivité.

Plusieurs contradictions

Dans beaucoup de familles immigrantes, le jeune apprend l’interdépendance affective. C’est-à-dire que :

  • Son développement personnel devra se faire au bénéfice de la cellule familiale, comme il est demandé à chaque personne qui la compose.
  • La famille sera présente et participera étroitement à toutes les étapes de sa vie. Elle lui apporte sécurité et bienveillance face au monde extérieur.
  • La famille est un guide qui l’accompagnera dans toutes les décisions importantes qu’il aura à prendre, même quand il sera adulte.

En parallèle, l’école québécoise qui est souvent le premier contact avec la société d’accueil lui apprend autre chose. Entre autres, le jeune immigrant apprend que :

  • L’individu est au centre de son développement.
  • Il doit être autonome dans tous les aspects de sa vie y compris dans sa vie affective.,
  • Ses actions seront dictées selon son propre jugement, indépendamment de toute influence extérieure.

Voilà une des nombreuses contradictions auxquelles l’adolescent immigrant devra faire face. Alors qui doit-il être, maintenant qu’il est à l’heure de faire des choix? Doit-il tourner le dos à sa famille? Peut-il le faire sans l’impression de la trahir? Il n’est pas surprenant de constater que la quête identitaire, d’un jeune issu de l’immigration, sera alors jalonnée de sentiments de culpabilité. Il arrive même que la quête identitaire génère de la tension et de l’anxiété.

L’accompagnement des parents

En tant que parents immigrants, nous avons le pouvoir d’aider notre adolescent à trouver cet équilibre qui lui permettra de se construire sereinement. C’est-à-dire que nous pouvons l’accompagner selon les valeurs et les modèles qu’il aura lui-même choisi dans chacune des deux cultures, soit celle d’origine et celle d’accueil.

Pour l’aider, nous devons accepter de l’accompagner dans cette voie et le rassurer sur le regard que nous porterons sur ses choix de vie. De cette façon, notre objectif commun, j’en suis certaine, est que sa quête identitaire lui permette de devenir un adulte apaisé, conscient de sa valeur et de sa richesse unique.