Il semblerait que 40% des ados utilisent l’intelligence artificielle (IA) dans leurs travaux scolaires. C’est pratique pour répondre à des questions, corriger des fautes d’orthographe ou expliquer un devoir. Cependant, il est démontré que la motivation est affectée de façon significative quand l’utilisation de l’IA devient une habitude. Déjà que la motivation scolaire est un enjeu pour certains jeunes, il est normal que plusieurs parents soient préoccupés de son impact chez leurs jeunes.
Selon la théorie de l’autodétermination, l’humain a trois besoins psychologiques fondamentaux : l’autonomie, l’appartenance et la compétence. Lorsque ces trois besoins sont comblés, la motivation intrinsèque, soit nos désirs internes, augmente.
Pour illustrer le tout, partons d’un exemple : c’est dimanche soir et un adolescent a un examen le lendemain matin. En étudiant, il se rend compte qu’une partie de la matière n’est pas claire pour lui. Comme son enseignant n’est pas disponible et que ses parents ne maîtrisent pas suffisamment le sujet, il décide d’aller chercher la réponse par lui-même, à l’aide de l’IA. Cela lui permet de mieux saisir la matière et d’éviter de reproduire les mêmes erreurs.
Le besoin d’autonomie correspond au sentiment d’être en contrôle de ses actions. Il est essentiel pour la motivation.
Dans l’exemple ci-dessus, l’adolescent choisit d’utiliser l’IA pour obtenir de l’aide. Il prend lui-même l’initiative de trouver une solution à son problème. L’IA peut donc avoir un effet positif sur le besoin d’autonomie, puisqu’elle permet aux jeunes d’être responsables de leurs apprentissages.
Toutefois, cet outil comporte aussi certains risques. Comme l’IA offre des réponses rapides et facilite la réalisation des tâches, les adolescents peuvent être tentés d’y recourir de plus en plus souvent. Ainsi, l’IA réduit la motivation intrinsèque.
De son côté, le besoin d’appartenance correspond au sentiment de faire partie d’un groupe. Avoir d’autres personnes passionnées ou qui sont au même niveau que soi est rassurant et rassembleur.
Dans l’exemple, plutôt que d’obtenir de l’aide d’un enseignant ou d’amis, l’adolescent interagit avec une IA. Cet outil peut parfois favoriser un certain sentiment de soutien en offrant une aide immédiate. Cependant, elle ne remplace pas les interactions humaines.
Avec l’IA, le sentiment d’appartenance est réduit non seulement envers les professeurs, mais également entre les pairs. L’implication enseignante est importante en matière d’écoute, de soutien, de respect et de rétroaction. Quand ces interactions sont remplacées par une IA, la relation élève-enseignant est brimée. De plus, l’utilisation de l’IA peut parfois créer des tensions entre les élèves qui l’utilisent et ceux qui la perçoivent comme une forme de tricherie.
Le besoin de compétence correspond au sentiment d’être capable de faire quelque chose ou de constater sa progression. En voyant une amélioration et une évolution, un sentiment de fierté peut ressortir.
Dans l’exemple ci-dessus, l’adolescent utilise l’IA pour mieux comprendre la matière. Cela augmente ses chances de réussir les exercices suivants et lui permet de ressentir une meilleure confiance en ses capacités.
L’IA peut renforcer le sentiment de compétence en fournissant aux jeunes des explications rapides et adaptées à leur façon d’apprendre. Toutefois, lorsque l’IA effectue une trop grande partie du travail, cela enlève l’aspect stimulant et intéressant d’une tâche, ce qui peut augmenter l’ennui. Le jeune peut aussi avoir l’impression de réussir sans vraiment développer ses compétences.
De plus, à force d’utiliser l’IA, faire des devoirs sans elle peut paraitre lourd, moins motivant et même comme une perte de temps. Utiliser l’IA demande moins d’énergie cognitive et se fait quasiment instantanément.
Avant tout, il est important d’essayer de comprendre pourquoi le jeune utilise l’IA. La compréhension favorise le dialogue plutôt que le jugement. De plus, discuter avec l’ado pour comprendre comment il l’utilise et dans quel contexte permettra d’adapter ses interventions.
L’IA peut produire des erreurs ou fournir de fausses informations. Il est important d’apprendre aux jeunes à vérifier les informations générées et à ne pas s’y fier aveuglément. Les sensibiliser face aux risques associés à l’IA aide les jeunes à développer leur esprit critique et à en faire une utilisation responsable.
En parallèle, il est aussi important de reconnaître les usages positifs de l’IA. Elle peut servir à corriger un texte, à créer des outils d’étude ou à générer des idées. Tout comme pour les risques, mieux comprendre ses avantages aide aussi les jeunes à l’utiliser de façon plus réfléchie.
L’IA ne devrait pas remplacer le soutien d’un enseignant, d’un parent ou d’un proche. Ainsi, il est important d’accompagner les jeunes dans leurs apprentissages et de leur rappeler qu’il existe aussi d’autres ressources pour les aider.
Pour éviter que l’IA devienne une habitude, il est également pertinent d'amener les jeunes à réfléchir à la pertinence de leur utilisation. Par exemple, pour chaque utilisation, amener le jeune à se demander si l’IA est vraiment nécessaire ou si une autre solution serait plus appropriée.
Montrer l’exemple est une façon efficace d’encadrer l’utilisation l’IA. Lorsqu’un parent utilise l’IA de manière réfléchie, par exemple au travail ou pour des tâches précises, il devient un modèle positif pour le jeune.
À l’inverse, choisir de ne pas y recourir lorsqu’elle n’est pas nécessaire envoie aussi un message clair : toutes les réponses n’ont pas besoin d’être instantanées. Prendre le temps de réfléchir, de chercher par soi-même ou d’échanger avec d’autres valorise l’effort et le développement des connaissances.
Revue internationale des technologies en pédagogie universitaire, L’intelligence artificielle (IA) : amie ou ennemie de la motivation des étudiants et étudiantes universitaires
UQÀM, Étude sur l’adoption de l’IA générative vue par les ados et leurs parents
Avantages, L’IA générative éreinte la motivation